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27 févr.

Accompagner : Un privilège, de précieux enseignements...

Texte : Luce Saint-Georges

Ma première expérience d’accompagnement en fin de vie, à titre de bénévole, fut d’une grande richesse.  J’ai compris que chacune des personnes que j’accompagnerai sera unique. J’apprendrai et recevrai chaque fois des leçons et des trésors uniques.  C’est un privilège tout particulier de partager l’intimité de quelqu’un dans un moment aussi crucial de son existence et pour cela, je suis extrêmement reconnaissante à l’égard de celle que je surnommerai Rose, pour sa confiance et son authenticité.

 

Rose en était à un stade avancé de cancer et son corps décharné laissait peu de doute sur sa condition physique et sur son espérance de vie.  Elle demeurait dans un appartement délabré où régnait une grande insalubrité.  L’encombrement, la saleté, les moisissures, tout concourait à faire de son logis un lieu triste et déprimant.   Mais pourtant, c’est de cette personne et dans cet environnement que j’ai eu le plus grand enseignement, celui qui allait désormais teinter, non seulement l’ensemble de mes expériences d’accompagnement en fin de vie, mais aussi ma vie personnelle.  Cette leçon se résuma en ces quelques mots de Rose : Luce, c’est beau la vie… Comment, malgré la colère liée à sa condition, dans un tel état et dans un tel environnement, pouvait-elle prononcer ces paroles?  J’ai alors compris que c’est lorsque nous nous apprêtons à la quitter, que la vie prend toute son importance et tout son sens.

 

Au travers de mes rencontres avec Rose, j’ai appris que même lorsque le corps impose ses souffrances, on peut tout de même aimer la vie.   À travers elle, j’ai réalisé combien il est important de se connecter à son cœur d’enfant et de vivre intensément l’instant présent.  Nous avons tous le choix de vivre de la joie, telle qu’elle se manifeste, ici et maintenant.   Quand on vit dans le présent, notre esprit est plus serein car on oublie pour un moment un futur et un passé qu’on ne peut changer.   Le plaisir de vivre des instants de tendresse, de bavarder, de s’amuser ou de laisser libre cours à ses élans de coquetterie nous sera toujours accessible, tant qu’on le choisit. Ce précieux enseignement s’applique à chacun de nous.  Il favorisera en nous cette paix intérieure qui nous aidera à être présent à l’autre au moment où il en a le plus besoin.

 

Nos états d’âme semblent parfois suivre le cours des saisons.  Il est normal de se sentir renaître au printemps, d’être plein d’entrain en été, plutôt mélancolique devant les pluies d’automne et plus léthargique lors des grands froids d’hiver.  En cette période où nous nous apprêtons à voir la nature renaître, l’accompagnement vers la mort peut nous apparaître paradoxal.  Il est parfois difficile de trouver un sens à la mort dans un tel contexte, sauf si l’on considère que, par l’apaisement des souffrances et la paix de l’âme auxquels elle est souvent associée, la mort est en soi une renaissance, une vie nouvelle.

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